Souveraineté numérique.
Photo: GoldenDayz via envato
Le Lien MULTIMÉDIA reproduit ci-dessous une lettre ouverte adressée au ministre de la Cybersécurité et du Numérique par Étienne F. Carrier, président et co-fondateur de DATAenligne, fournisseur d’infrastructures souveraines et de clouds privés Proxmox.
Objet : La souveraineté numérique comme projet collectif
Monsieur le Ministre,
Je tiens d’abord à saluer votre volonté de renforcer l’autonomie numérique de l’État québécois tel de publié dans un article d’Alain McKenna dans La Presse. Reconnaître que nos données constituent désormais un actif stratégique, au même titre que nos ressources naturelles, marque une évolution importante dans notre réflexion collective.
Mais permettez-moi d’aller plus loin : la souveraineté numérique ne peut être un simple ajustement administratif ou contractuel. Elle doit devenir un véritable projet de société.
Depuis les années du gouvernement de Jean Lesage, le Québec s’est construit en affirmant ses souverainetés.
Que ce soit :
- en consolidant notre souveraineté territoriale par des ententes structurantes ;
- en protégeant notre souveraineté culturelle et linguistique ;
- en développant notre souveraineté éducationnelle à travers un réseau public accessible et formateur ;
- en affirmant notre souveraineté énergétique en maîtrisant nos rivières pour en faire un levier de développement collectif ;
- en renforçant notre souveraineté économique par la création d’institutions fortes ;
Chaque avancée reposait sur une vision à long terme. Il ne s’agissait pas de simples décisions administratives, mais d’un choix collectif structurant.
Aujourd’hui, nos données sont nos nouvelles rivières.
Elles irriguent notre économie. Elles soutiennent notre système de santé. Elles structurent notre éducation. Elles façonnent notre culture. Elles influencent notre sécurité.
La souveraineté numérique ne peut donc être isolée des autres souverainetés. Elle en devient un pilier central.
- Peut-on parler de souveraineté territoriale si nos infrastructures numériques critiques sont contrôlées ailleurs ?
- Peut-on parler de souveraineté culturelle si nos contenus dépendent d’algorithmes que nous ne maîtrisons pas ?
- Peut-on parler de souveraineté en santé si les données les plus sensibles de notre population transitent par d’autres juridictions ?
- Peut-on parler de souveraineté éducationnelle si nos outils pédagogiques fondamentaux reposent sur des plateformes étrangères ?
La cohérence devient impérative.
Si nous voulons réellement grandir collectivement, nous devons aussi cesser de fragiliser les fondations mêmes de notre société : la santé et l’éducation. Ce sont elles qui forment les experts, les ingénieurs, les développeurs et les chercheurs dont dépendra notre autonomie numérique. Ce sont elles qui permettent l’émergence d’une expertise locale solide et durable.
Une collectivité florissante ne se construit pas à court terme. Elle repose sur des institutions publiques fortes, financées à la hauteur de nos ambitions.
Vous avez évoqué l’idée d’une « frontière numérique ». Je vous propose d’élargir encore la perspective : faire de la souveraineté numérique un projet collectif aussi structurant que l’a été la maîtrise de notre énergie.
Un projet où la souveraineté numérique s’articule naturellement avec la souveraineté culturelle, territoriale, éducative, sanitaire et économique. Un projet où nos infrastructures numériques deviennent un moteur de développement, au même titre que nos barrages l’ont été pour notre prospérité énergétique. Un projet où nos données, comme nos rivières autrefois, servent d’abord notre intérêt collectif.
Il ne s’agit pas de se replier sur soi. Il s’agit de s’assurer que les leviers stratégiques qui façonnent notre avenir demeurent sous notre gouverne.
Le Québec a déjà démontré sa capacité d’audace et de vision. Il peut aujourd’hui faire preuve de la même ambition dans le numérique.
Notre drapeau fleurdelisé symbolise une collectivité qui aspire à grandir, à rayonner et à se tenir debout.
M. le Ministre, je suis d’avis que la souveraineté numérique doit s’inscrire dans cette continuité. Parce que la souveraineté numérique n’est pas un produit. C’est un choix collectif.
Respectueusement,
Etienne F. Carrier, Président & co-fondateur | Fournisseur d’infrastructures souveraines et de clouds privés
DATAenligne conçoit et opère des infrastructures numériques souveraines au Québec. L’entreprise bâtit des environnements open-source haute disponibilité qui redonnent aux organisations le contrôle de leurs données, de leurs communications et de leur autonomie technologique.























