David Bianchi.
Photo: Sophie Bernard
La société wallonne Alphacom cherche à développer le marché américain en passant par le Québec
À la base, le Belge David Bianchi vient du milieu de la finance. Il a travaillé pendant quelques années dans des fonds spéculatifs à Luxembourg avant de démarrer l’entreprise Alphacom, qui offre une connectivité sécurisée à 360° sur une plateforme d’agents mobiles englobant tous les appareils (PC, tablette, téléphone intelligent, iOS, Android) et tous les canaux (VoIP, RoIP, chat, vidéo). Le Lien MULTIMÉDIA l’a rencontré alors qu’il était de passage à MTL connecte.
« Nous travaillions sur des algorithmes de reconnaissance de voix déjà à l’époque et c’est ce qui nous a dirigés vers Alphacom, indique le fondateur de l’entreprise wallonne. Nous oeuvrions dans le domaine bancaire commercial classique et nous avons eu l’idée de la convergence qui arrivait avec la COVID et le travail hybride entre la maison et le bureau, entre les moyens de communication et les systèmes qui n’étaient pas vraiment adaptés pour ça à l’époque. Cela a créé beaucoup de défis dans la plupart des organisations. L’infonuagique est arrivée massivement comme utilisation en service SaaS dans les entreprises. Nous voulions centraliser en matière d’expertise, de gestion et de support à partir d’une seule antenne, qui est basée à Liège, ce qui nous permettait de grossir sans avoir à mettre des employés un peu partout auprès de nos clients. »
Alphacom a été créée en 2021, les premiers revenus sont arrivés en 2022 et l’entreprise est passée de 100 000 euros de revenus en 2024 à plus d’un million cette année. Parmi ses clients, la compagnie compte des entreprises en aviation, comme Air France, KLM ou encore Transavia, et à peu près 15 % des entreprises du CAC 40, le principal indice boursier de la Bourse de Paris, en gestion de trésorerie. La société a connu un gros boom au cours des deux dernières années, multipliant par 10 ses revenus. « Nous n’avons pas de dettes, pas d’investisseurs en plus et nous allons atteindre notre seuil de rentabilité cette année, précise David Bianchi. Donc, la boîte va vraiment bien et c’est pour cette raison que nous voulons explorer l’Amérique du Nord, principalement francophone, à partir du Québec et de Montréal. » Alphacom possède déjà des perspectives indirectes aux États-Unis où elle a effectué des démonstrations. Par contre, l’entreprise ne fait pas de commercial et de marketing sur ses produits. « Nous sommes très mauvais en marketing », s’amuse à dire le fondateur.
Alphacom fournit des solutions de communication critique et régulée, deux mondes très différents, principalement centrées sur l’infonuagique Azure pour le moment ou sur un nuage hybride localisé dans le pays du client. « Tous nos clients sont actuellement français, même si nous sommes une entreprise belge, précise-t-il. Les services ne sortent pas du pays du client. Nous exportons tout et nous travaillons toujours avec des partenaires locaux qui assurent le service de proximité et qui revendent notre licence à leurs propres clients. Nous ne sommes que le fournisseur de licence. Nous créons le produit et notre client le vend à son client avec le soutien local. C’est super important, parce que dans les communications critiques ou régulées, les données ne doivent pas sortir du pays ni même, parfois, de chez le client. En fait, les fournisseurs locaux connaissent mieux que nous leurs clients qui sont captifs. » David Bianchi insiste : Alphacom ne se veut pas une plateforme SaaS, adoptant plutôt un modèle PasS, c’est-à-dire Platform as a Service. Le logiciel est donc installé chez le client ou chez le partenaire local qui, de son côté, assure le service pour le client. L’entreprise ne se veut pas une société de matériel informatique, mais réellement de logiciel.
Alphacom dessert deux domaines, la communication critique, à savoir les systèmes de communication essentiels (réseaux devant rester opérationnels en cas de crise pour les services d’urgence, dont la police, les urgences, les aéroports, le rail, les bus, tous les transports en commun de manière générale, l’industrie, le pétrolier) et la communication régulée qui, dans ce cas, touche plutôt la finance. « Dans la communication régulée, un gestionnaire financier recommande à un client, par exemple, d’acheter des actions asiatiques, mais ce dernier a interdiction d’acheter des actions asiatiques, illustre David Bianchi. Les gestionnaires clients échangent très souvent, mais finalement, ils ne sont pas toujours au courant du détail complet du profil du client. Notre système, qui les entend discuter, va dire de faire attention parce que le client n’a pas le profil pour acheter tels types d’actions. Des salles de trading et de gestion de trésorerie utilisent notre solution comme outil de communication rapide, totalement enregistré, crypté, sécurisé, avec une couche d’intelligence artificielle. Cela leur permet de savoir en permanence ce qui se passe dans la salle, de manière globale ou spécifique. »
Ainsi, tout est enregistré, mais, pour respecter le Règlement de protection des données personnelles, un élément fondamental dans la liberté des Européens, les données sont perdues au bout de 15 minutes. Seules les alertes ou les menaces sont enregistrées jusqu’à la fin de l’événement signalé. « Notre force, c’est clairement que nous ne sommes pas dans le matériel informatique, le client peut ainsi choisir ce qu’il veut sans se trouver bloqué avec un fournisseur, souligne David Bianchi. Les clés d’encryption (NDLR : clés de chiffrement, en français) du système ne sont pas les nôtres, et le grand avantage d’Alphacom s’avère que nous avons tout développé de A à Z en interne. »























